Le gouvernement philippin taille dans le budget de la santé

Date: 
3 Feb 2011

« La santé doit s'occuper des gens et pas de faire des profits. La santé publique ne devrait jamais dépendre du pouvoir d’un patient à payer ou de la capacité des hôpitaux publics à générer leurs propres revenus. L'autorité devrait se porter garante pour la santé publique de la population. » Health Alliance for Democracy

Les Philippins avaient rêvé d’une amélioration de la santé publique avec le nouveau gouvernement Aquino, mais ils ont dû encaisser un sérieux revers en 2010. Avec la promesse de « santé pour tous » dans l'agenda électoral, ce gouvernement s’était pourtant défini comme un acteur du changement. Cependant, dans le récent budget national pour 2011, les dépenses pour la santé sont réduites.
« Nous aspirons au changement qui rend la santé accessible à tout le monde plutôt que de l’en éloigner », soupire Dr Geneve Rivera, secrétaire général du Health Alliance for Democracy (HEAD).
À la place de ça, l’administration Aquino impose des mesures sévères afin de consacrer davantage d’argent au remboursement des dettes et aux dépenses militaires. Pour payer cela, « le gouvernement se retire de toute responsabilité dans les domaines clés », comme le dit IBON, un centre de recherche alternatif et indépendant philippin.
Le plus grand déclin semble se situer dans les équipements de santé. Pour apaiser les étudiants qui faisaient grève contre les économies dans les universités publiques, le gouvernement Aquino a réalloué des fonds qui étaient destinés à la santé familiale, incluant le planning familial. Les militants affirment que les services publics, qui sont tout aussi importants, n’auraient jamais dû être montés les uns contre les autres.

Le gouvernement renonce à sa responsabilité dans le domaine de la santé

En 2010, les défenseurs de la santé publique ont soumis au président Benigno Aquino III un « agenda de santé » de la population, aussi bien avant qu’après sa prestation de serment. Ils ont également eu un entretien avec le nouveau ministre de la Santé, Dr Enrique Ona, qui leur a promis qu’il demanderait au moins 60 milliards de pesos philippins (environ 10 millions d’euros) pour le département de la santé publique. C’était 30 milliards de moins que le budget exigé par les organisations de santé publique progressives (à savoir 90 milliards de pesos). La proposition finale du département de la santé publique qui a été acceptée s’élevait seulement à un tiers des 90 milliards de pesos nécessaires.
Les organisations de santé publique progressives ont été déçues. Le budget de la santé publique pour 2011 est « un reniement du droit constitutionnel d’aspirer à une santé publique accessible à TOUS », dit Emmi de Jesus, représentante du Gabriela Women’s Party.
« C’est le gouvernement, et non pas le secteur privé, qui a le pouvoir constitutionnel de répondre aux besoins de la santé publique et de tendre vers une justice et une équité sociales. Notre système de santé publique devrait être géré comme un service social et non pas comme une entreprise tournée vers le profit ! »
Le parti politique Gabriela confirme que les patients pauvres ont tendance à ne pas se rendre dans des centres médicosociaux, car ils savent qu'ils devront faire face à un manque de médicaments et de médecins qui peuvent s’occuper d’eux. Ceux qui ont besoin de soins spécialisés iront à l’hôpital à la dernière minute, car ils ne peuvent pas se permettre des coûts supplémentaires, même pas auprès des services de santé publics.

Moins de la moitié des Philippins a une assurance maladie

Il ressort d’une enquête nationale du Social Weather Stations que plus de la moitié de la population philippine n’a pas d’assurance maladie, alors qu’un quart de ces personnes ne va pas chez le médecin quand elles sont malades. La plupart des gens qui n’ont pas d’assurance maladie appartiennent aux classes sociales les plus basses. L’enquête révèle aussi que presque 9 Philippins sur 10 espèrent que le gouvernement fournisse des soins de santé pour tous, également pour ceux qui ne peuvent pas se le permettre.
Quand les Philippins tombent malades, cela mène souvent à une crise familiale. Des études montrent que presque 60 % des dépenses pour la santé publique dans le pays sont payées de leur propre poche. Le système de santé publique philippin comprend un secteur public et un secteur privé. Les soins de santé publics sont principalement financés grâce aux impôts et sont supposés accorder des services gratuits aux citoyens ; le secteur privé est principalement axé sur le marché et est financé sur base de la capacité du patient à payer. Les Philippins plus démunis font appel à des dispositifs de santé publics, alors que la partie plus aisée de la société a le choix entre différents dispositifs privés.
Mais depuis que la « réforme » de la santé publique a été instaurée, sous la forme d’une décentralisation et d’une commercialisation, les patients doivent de plus en plus payer comptant pour les soins de santé publics. La décentralisation de la santé publique implique que la responsabilité des dispositifs de santé se déplace au niveau des autorités locales. Ces derniers n’ont souvent pas les moyens financiers pour garantir des soins de qualité, surtout dans des villes de province et des communes pauvres. Plus grave encore serait que la santé publique soit politisée et dépendante de la générosité des autorités locales, estime l’ancien gouverneur de Bulacan, Josie dela Cruz. Le résultat est que même un fonctionnaire municipal expérimenté ne pourrait pas faire grand-chose si le maire refuse d’attribuer un budget suffisant à la santé publique.
« Si les centres de santé avaient un équipement de qualité, les patients ne se rendraient plus dans des hôpitaux », ajoute dela Cruz. « Mais même dans les hôpitaux publics, où la tendance à la commercialisation est utilisée pour pouvoir répondre à ses propres moyens, le patient doit d’abord payer pour une grande partie des services et l’utilisation des facilités, avant qu’il ou elle ne soit guéri », raconte Emma Manuel, présidente de l’Alliance of Health Workers.

Les limites de la "couverture universelle" de PhilHealth

Le gouvernement Aquino s’est beaucoup investi dans la couverture « universelle » de PhilHealth (l’assurance maladie publique, NDLR). Mais comme le dit Dr Alvin Caballes de l’unité de médecine sociale de la faculté de médecine de l’Université des Philippines : « On encourage tout le monde à s’inscrire chez PhilHealth, mais personne n’insiste pour que nous l’utilisions. »
La carte du PhilHealth n’est pas acceptée dans la plupart des hôpitaux privés et est également inutile dans les hôpitaux publics qui n’ont pas de médicaments, a fait savoir HEAD dans un communiqué. Le secrétaire de la santé Ona fait remarquer que le but du PhilHealth est de donner plus d’avantages à ses membres et de diminuer l’apport personnel (qui est d’au moins 54 %). Les défenseurs de la santé prétendent qu’en réalité, l’apport personnel est plus élevé.
Selon Dr Caballes, PhilHealth a rassemblé plus d’argent qu’il n’en a consacré à la santé. « 85 % des Philippins démunis pensent être couverts, mais ils n’ont rien. » Ils sont peut-être inscrits, mais ils ne l’utilisent pas, car, selon les plaintes, les procédures en question ressemblent un peu à un « labyrinthe », dixit Caballes. PhilHealth est géré comme une entreprise et il semble que les assurances maladies obligatoires pour chaque Philippin ne sont en fait rien d’autre qu’un moyen d’amasser des fonds.
Les experts de la santé disent qu’actuellement, les familles philippines dépensent plus dans les soins de santé, mais ne reçoivent pas les avantages auxquels ils ont droit. Malgré la forte contribution à la sécurité sociale, le ministère de la Santé a avoué à plusieurs reprises que l’accès aux soins et produits de santé est insuffisant.
L’administration Aquino semble déterminée à faire de la santé publique une entreprise lucrative, au lieu d’une nécessité sociale vis-à-vis de la population, disent les critiques. « Elle défend la privatisation future de la santé publique. Malheureusement, les changements promis n’étaient qu’une illusion », conclut Dr Rivera de HEAD.
 
Source : Bulatlat.com
Author/Source: 
Marya Salamat
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