MSP Philippines: Le secteur privé marchand fournit-il des soins de meilleure qualité?

Date: 
29 Jul 2014

Aux Philippines 28 femmes sur 100 ne bénéficient  pas  d'assistance qualifiée durant l'accouchement, situation qui montre   un manque d'accès aux soins de santé (données de la Banque Mondiale). Selon des organisations affiliées au MPS, aux les Philippines, les politiques actuelles de privatisation du gouvernement Aquino ne donnent pas de réponse aux énormes besoins de santé. Spécialement aux pauvres qui meurent sans avoir jamais vu de médecin.

Tandis qu'en Belgique 8 mères meurent chaque jour de causes liées à la grossesse, aux Philippines ce nombre est de 2855 mères. 70894 enfants âgés de moins de 5 ans meurent chaque jour aux Philippines comparé à 431 enfants en Belgique (données de la Banque Mondiale). Selon  les partenaires de MPS  aux Philippines - IBON, “Counsil for Health and development(CHD)” et “Advocates for Community Health”- les énormes besoins de santé de la population demeurent, dû à la réponse insuffisante du gouvernement des Philippines.

Quelle est la réponse du gouvernement des  Philippines à cette situation dramatique?

Le gouvernement d' Aquino proclame que les  partenariats public-privé (PPP) sont la seule alternative pour répondre aux besoins de santé à la population croissante aux Philippines. En externalisant les hôpitaux publics vers le secteur commercial, comme annoncé par le ministre de la santé  Enrique Ona, le souhait est de  faire des économies au gouvernement tout en aboutissant à des résultats concrets.

Dans beaucoup de pays développés  le secteur public n'obtient pas de ressources suffisantes.  Serait-il une solution de passer par les partenariats public-privé ?

Les populations les plus défavorisées aux Philippines vivent dans les bidonvilles situés dans les villes. Les personnes migrent en ville à la recherche d'opportunités de travail et d'une vie meilleure. Mais ils trouvent la pauvreté, une vie dans des conditions insalubres et exposés à la pollution. Bien que les habitants des  bidonvilles  sont les plus vulnérables aux maladies ils ont  le moins accès aux  soins de santé.

Le secteur commercial aux Philippines investit principalement en hôpitaux spécialisés dans les villes. Les régions rurales où la majorité de la population vit, ainsi que  les soins de santé préventifs et  primaires ont été ignorés par le secteur privé marchand. De plus, quelqu'un doit  payer des  montants  élevés  pour  les soins de santé des fournisseurs privés marchands.? Cependant, les frais d'utilisation   a comme conséquence une faible utilisation et à l'exclusion des soins de santé et à l'appauvrissement. [Ponsar et al, 2011]. Les pauvres peuvent dès lors compter sur le secteur de  la santé publique ou sur des soignants bénévoles non réglementés.

Le secteur privé marchand  incite les travailleurs de la santé à quitter le secteur public en offrant de meilleures conditions de travail  et des salaires plus élevés [Haddad et al, 2008]. Les Philippines forment en masse des travailleurs de la santé pour l'exportation. Ainsi il y a un surplus net de travailleurs de la santé, mais les pauvres des régions urbaines et rurales sont délaissés avec une pénurie de médecins et d'infirmières.

L'externalisation des soins de santé vers les investisseurs commerciaux  entraine une dépense du secteur public; c'est détourner les travailleurs de la santé et  les ressources du secteur public. Aux Philippines, au même moment le budget du gouvernement de la santé publique a été réduit. Les prestations de soins de santé du secteur public sont souvent de faible qualité dû à un manque de fonds.

Le secteur privé marchand fournit-il des soins de meilleure qualité?

Si la qualité de soins est comprise comme offrant les meilleurs traitements selon les diagnostics, fondée  sur des expériences et sur les directives de traitement, ce n'est pas nécessairement le cas. La recherche dans les pays développés montre que plus souvent que leurs homologues du secteur public, les médecins du secteur privé marchand ne respectent pas les directives internationales de traitement.

Au Pérou et au Chili un accroissement du taux  de procédures inutiles, particulièrement des césariennes a été  rapporté dans le secteur privé marchand après la privatisation des services obstétriques. Des études au Mexique ont suggéré que la rémunération à l'acte (qui est plus présente dans le secteur privé que dans le secteur public) augmente de façon drastique les césariennes. [Basou et al, 2011] Cependant les césariennes doivent être réalisées  sur avis médical car elles comportent  plus de risques de santé pour la mère.?

Des études récentes suggèrent également que dans plusieurs pays développés, les médecins du secteur privé marchand auraient une connaissance significativement moins bonne du diagnostic et du traitement. Les médecins d'Afrique Sub-Saharienne pratiquant dans le secteur privé prescrivent plus  d'antibiotiques non nécessaires aux enfants ayant la diarrhée, que de recommander les sels pour la réhydratation orale.[Sood & Wagner, 2014]. Les pratiques de prescriptions  irrationnelles peuvent conduire à une résistance aux antibiotiques qui expose la population mondiale à risque.

On affirme tout de même  souvent  que le secteur privé serait plus efficace que le secteur public.
Nous entendons par efficacité: “ produire les meilleurs résultats avec le budget disponible”. Selon le rapport de 2009 de Oxfam “l'optimisme aveugle”, la commercialisation des soins de santé augmente les dépenses publiques, alors que les résultats  de santé se détériorent. Le Liban a un système de santé le plus privatisé dans le monde développé. Le pays dépense deux fois plus pour les soins de santé que le Sri Lanka, un pays beaucoup plus bas dans l'index de développement des États-Unis. Malgré cette dépense publique  élevée la mortalité infantile et maternelle sont 2,5 à 3 fois plus élevée respectivement. L'externalisation des soins de santé vers le secteur commercial en Chine- on se souvient encore de son ancien système “médecins aux pieds nus” a conduit à une baisse des soins préventifs de santé moins rentables; la couverture  de vaccination a chuté de moitié en 5 ans. De même, suite aux réformes intensives de privatisation  en Colombie en 1993, la couverture de vaccination au sein de  la population  a chuté et il y a eu plus de cas de tuberculose [Basou et al, 2011].? 

Que pense les Philippins?
Les partenaires de MPS aux Philippines- “IBON, Council for Health and Development and Advocates for Community Health” - dénoncent les politiques de l'augmentation de privatisation, car ce qu'elles visent  n'est pas une amélioration des résultats de santé publique. Chaque jour ces organisations sont confrontées aux énormes besoins de la population et le manque d'accès aux soins de santé. “Advocates for Community Health” forme localement des travailleurs de la santé  aux Philippines. De plus, les personnes sont soutenues pour affirmer leur droit à la santé. C'est pourquoi nos organisations partenaires aux Philippines réclament l'accès pour tous à des services de santé publique abordables et de qualité. 

Ponsar, F., Tayler-Smith, K., Philips, M., Gerard, S., Van Herp, M., Reid, T., & Zachariah, R. (2011). No cash, no care: how user fees endanger health—lessons learnt regarding financial barriers to healthcare services in Burundi, Sierra Leone, Democratic Republic of Congo, Chad, Haiti and Mali. International Health, 3(2), 91–100. doi:10.1016/j.inhe.2011.01.002
Haddad, S., Baris, E., & Narayana, D. (2008). Safeguarding the health sector in times of macroeconomic instability: policy lessons for low- and middle-income countries. Ottawa: Africa World Press: International development research centre.
Basu, S., Andrews, J., Kishore, S., Panjabi, R., & Stuckler, D. (2012). Comparative performance of private and public healthcare systems in low- and middle-income countries: a systematic review. PLoS Medicine, 9(6), e1001244. doi:10.1371/journal.pmed.1001244
Sood, N., & Wagner, Z. (2014). Private Sector Provision of Oral Rehydration Therapy for Child Diarrhea in Sub-Saharan Africa. The American Journal of Tropical Medicine and Hygiene. doi:10.4269/ajtmh.13-0279
 
Natalie Van Gijsel – Médecine Pour le Tiers Monde (M3M)

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