Le médecin norvégien Mads Gilbert témoigne de l'enfer à Gaza

Date: 
4 Aug 2014

Le professeur Mads Gilbert est un médecin urgentiste norvégien réputé dans le monde entier qui donne son soutien au peuple Palestinien. De l'hôpital Al-Shifa de Gaza assiégé il a défié Obama d'y passer une nuit lors des bombardements meurtriers israéliens. Après avoir travaillé deux semaines dans cet environnement de guerre, il a quitté Gaza lundi passé. Sur le chemin de retour il s'est arrêté à Bruxelles pour témoigner.

Je n'ai jamais vu autant de sang, mais je n'ai jamais vu non plus autant de courage.

“Mon message principal est clair” dit il, “c'est une guerre ouverte contre les  citoyens  palestiniens.”

C'est une jugement tranché et Gilbert y apporte donc aussi des arguments: “le tiers des victimes sont des enfants; la moitié parmi les blessés  sont des femmes et des enfants. J'ai soigné des milliers de blessés qui sont arrivés à l'hôpital Al-Shifa mais seulement deux combattants.”

"C'est la quatrième fois que je suis à Gaza pendant la guerre. J'étais là également  sur place en 2006, en 2009, et en 2012 lorsque Gaza a été bombardé. Je travaillais chaque fois dans l'hôpital Al-Shifa, le plus grand hôpital de la bande de Gaza. Ce que j'ai vu maintenant était encore plus grave. Il y a eu beaucoup plus de citoyens touchés que précédemment.”

“Il s'agit de crimes de guerre”

“Nous sommes des scientifiques,” dit Gilbert, “et nous avons le devoir de dire la vérité.” Seulement,  le sentiment d'indignation est profond. Sans aucune distinction les  cibles civiles sont attaquées, ce qui pourrait être attendu d'ISIS de Boko Haram. Mais l'armée Israélienne est une des plus moderne du monde. C'est pourquoi la seule chose qu'on peut dire est qu'il s'agit de crimes de guerre."

A titre d'exemple, il donne quelques statistiques: “Treize des 15 hôpitaux de la bande de Gaza sont endommagés par les bombardements. Selon l'organisation mondiale de la santé, 20% des lits d'hôpitaux sont hors d'usage, alors qu'actuellement on en aurait besoin de plus. Neuf ambulances sont endommagées; 23 travailleurs de la santé sont blessés, et sept ont trouvé la mort.”

La guerre a de lourdes conséquences pour le système de santé et il ne s'agit pas seulement des soins apportés aux blessés. “Dans l'hôpital Al-Shifa ont eu lieu depuis la fin juin quelques opérations d'urgence. Toutes les interventions de routine sont en attente. La plupart  des maisons de santé  dans la bande de Gaza sont fermés. Cela signifie donc également qu'il n'y a pas les soins courants de santé pour 1.7 millions de gens et pour toutes les maladies chroniques: diabète, patients cardiaques, etc...”

Le ravitaillement est également critique. “Même avant  la guerre il n'y avait pas assez par le blocus. L'hôpital Al-Shifa ressemble plutôt à un musée médical, malgré son personnel médical très compétent digne d'un hôpital universitaire. Pendant notre séjour aucune livraison importante de matériel médical et de médicaments n'est arrivée. Alors que les Israéliens disent qu'il n'y a pas de problème, quand quelque chose arrive, c'est seulement au compte-gouttes. Ce qui parvient est trop peu ou arrive trop tard.”

 

Plus horrible que dans les médias

Gilbert affiche quelques photos qu'il a prises lui-même afin de montrer le réel visage de la guerre, bien plus horrible que ce que l'ont voit dans  les médias. Par ailleurs, dit-il ensuite: “Par la réduction de la capacité, au moment où il y a plus de blessés qui affluent, le mauvais approvisionnement et les entraves au bon fonctionnement des équipes médicales ne permettent pas de respecter le droit de soigner les blessés. Ces faits se conforment à ma définition  d'un génocide.”

Gilbert nomme le premier ministre Israélien Netanyahu comme responsable, mais le président des États-Unis, Obama et les dirigeants européens sont évoqués au même titre comme portant une responsabilité. “Hier soir on déplorait 1210 victimes Palestiniennes tuées dont 287 enfants. Soutenir que les rôles seraient inversés et que 1210 militants Palestiniens soient morts en trois semaines. Pensez-vous que cela soit possible? Non. Et c'est un bon exemple qui montre qu'il s'agit en réalité du système  d'apartheid contre les Palestiniens."

Comme dans les autres hôpitaux de Gaza la situation de l'hôpital Al-Shifa est problématique. “Alors que lundi je partais, il y avait 160 patients dans l'unité de soins postopératoires. Chaque jour viennent des patients qui ont besoin de soins intensifs. Nous opérons un patient parfois avec trois équipes en même temps. Pourquoi la société internationale n'organise-t'elle pas un pont aérien afin d'apporter des médicaments et d'évacuer les patients? Pourquoi nos autorités acceptent-elles les souffrances sans raison des Palestiniens? Je trouve cela inexplicable.”

Ce n'est pas Israël contre le Hamas

Mais l'hôpital n'est-il pas utilisé comme quartier général du Hamas comme les médias l'affirment? “Nous sommes restés nuit et jour à l'hôpital et nous étions libre d'aller où nous voulions et de parler avec tout le monde. Jamais nous n'avons  soupçonné  quelque chose. Il est vrai que la police était à la porte afin de veiller à ce que les patients puissent accéder d'une manière efficace et ordonnée aux services d'urgences, mais jamais je n'ai vu quelqu'un avec des armes à l'intérieur de l'hôpital.  Les autorités palestiniennes viennent bien sûr à l'hôpital. Le ministre de la santé était là même parfois jour et nuit afin de prendre la mesure de la situation. Mais un quartier général militaire? Si cela en est un, cela est bien caché!”

Alors qu'il est devenu citoyen d'honneur de la Palestine, le docteur Gilbert trouve que le mérite est aux travailleurs palestiniens de la santé. “Je n'ai jamais vu autant de sang couler, mais je n'ai jamais vu non plus autant de courage. Le personnel soignant palestinien est très compétent et très dévoué aux soins médicaux des milliers de blessés.”

Il est assuré par l'unité de la Palestine. “Il ne s'agit pas ici d'Israël contre le Hamas, mais d'une guerre contre le peuple palestinien. Gaza est uni en s'opposant à l'occupation et cela leur rend très résilient même s'ils sont actuellement sévèrement frappés. »

Enfin il donne ses exigences: “Les bombardements doivent s'arrêter immédiatement. La sécurité des citoyens doit être garanti. Israël doit lever le blocus sur Gaza et l'aide humanitaire  internationale doit être respecté. Les Palestiniens doivent recevoir les mêmes droits que tout le monde.”

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