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DECLARATION DE CUENCA
Venues de 82 pays du monde, 1492 personnes se sont retrouvées pour la Deuxième Assemblée populaire pour la santé qui s’est tenue à Cuenca, en Equateur, du 17 au 22 juillet 2005. L’Assemblée se proposait d’analyser les problèmes de santé dans le monde et de développer des stratégies pour promouvoir la Santé pour tous.
Nous avons tous et toutes réaffirmé sans hésitation l’importance toujours actuelle de la Charte populaire pour la santé (2000) que nous considérons comme un document de ralliement pour les luttes que le Mouvement populaire pour la santé continue de mener dans le monde et dans les différents pays.
la vision adoptée par l’ APS 2 prône un monde d’équité sociale et économique, un monde de paix où tous les individus, indépendamment de leur situation sociale et économique, leur genre, leur identité culturelle et leurs capacités sont respectés et peuvent revendiquer leur droit à la santé et à célébrer la vie, la nature et la diversité.
Solidarité avec les luttes menées en Equateur
En ce lieu, au cœur des Andes, nous avons beaucoup appris sur l’hospitalité, l’héritage culturel et les luttes que mènent actuellement nos sœurs et frères équatoriens. Nous sommes solidaires avec eux dans leur opposition à la signature de l’Accord de libre-échange imposé au gouvernement équatorien par les Etats-Unis et les institutions financières internationales. Cet accord augmentera les profits des entreprises, appauvrira les travailleurs, les campesinos et les peuples indigènes des Andes, influencera négativement leurs conditions de vie et de travail et entravera leur accès aux soins de santé et leurs capacités à jouir d’une bonne santé. Nous nous opposons également aux côtés de nos partenaires andins au Plan Colombia, comme se nomme cette guerre biologique que leur livrent les Etats-Unis et qui empoisonne la terre, les eaux et militarise les régions frontalières du pays.
La santé dans le monde
Nous déplorons la détérioration des conditions sanitaires dont souffrent de nombreuses populations dans le monde et nous dénonçons leur cause : le néolibéralisme. Les politiques néolibérales imposées par le G8 transfèrent la richesse du Sud au Nord, des pauvres aux riches et du secteur public au secteur privé. Les bénéfices des entreprises augmentent alors que les populations pauvres, indigènes et les victimes de guerre et de l’occupation souffrent.
Les inégalités sanitaires engendrées par le contexte économique et politique s’accroissent alors qu’étant à l’origine de maladies et de décès qui auraient pu être évités, elles ne sont pas remises en cause dans les politiques ou programmes actuels. La plupart des systèmes publics de santé ont trahi l’esprit d’Alma Ata mais les militant-e-s et agents de santé du monde entier ont bravé l’adversité et l’ont maintenu vivant dans leurs projets communautaires. Très peu de pays assurent des soins de santé primaires complets et la fourniture de services de santé est rarement vue comme une responsabilité sociale collective. Avec le néolibéralisme, le droit à la santé n’existe pas, le racisme fleurit, l’oppression des femmes s’approfondit, l’exclusion sociale grandit, la dégradation de l’environnement devient la norme, les droits des travailleurs sont inexistants, et la guerre sert les intérêts des grandes entreprises. Les gouvernements, les IFI, l’OMS, les agences multilatérales et bilatérales sont fortement influencés par les agendas de ces compagnies.
Réaliser le droit à la santé à l’ère de la mondialisation hégémonique
Le MPS appelle les peuples du monde à se mobiliser contre le refus de reconnaître le Droit à la santé. Le cadre économique mondial du néolibéralisme, des privatisations et du « libre-échange » facilité par l’OMC et les institutions financières internationales a joué un rôle déterminant dans le transfert du contrôle des déterminants de la santé aux mains des entreprises. La conséquence en est la destruction de l’environnement, la pollution chimique, la négation des droits à l’eau, à l’alimentation et à la vie même. Le droit humain à la santé et aux soins doit prévaloir sur les profits des entreprises, en particulier ceux des sociétés pharmaceutiques. L’OMC opère de facto comme un gouvernement mondial, même s’il n’a pas été élu, s’il n’est pas représentatif et ne rend pas de comptes. La responsabilité du commerce international et du développement doit retourner aux mains des populations qui doivent se réapproprier les instances onusiennes impliquées comme la CNUCED. A moins qu’elle ne soit entièrement réformée à des fins démocratiques, l’OMC doit être démantelée car elle est la source principale des violations massives des droits humains et de l’injustice et elle est un mécanisme essentiel de la main-mise des entreprises sur la vie sur terre.
La réalisation du droit à la santé passe par une mobilisation populaire de masse. Le MPS initiera ou soutiendra des luttes liées au droit à l’eau, à la sécurité et à la souveraineté alimentaires, à un environnement sain, à un travail digne, à un logement sûr, à l’éducation pour tous et à l’égalité entre les sexes ; en effet, la santé des populations dépend de la réalisation de ces droits de base. Le MPS lancera une vaste campagne pour obtenir le « droit global à la santé et aux soins » aux niveaux local, national et international, pour défendre les systèmes de santé et de protection sociale (y compris les soins de santé), et pour recenser et s’opposer aux inégalités face à la santé ainsi qu’au refus du droit à la santé. Le MPS défendra les travailleurs de la santé qui s’opposent à la privatisation des services de santé et construira de larges alliances multisectorielles.
Le MPS fera campagne pour que les ADPIC soient abrogés et retirés de l’OMC et s’opposera aux accords bilatéraux de libre-échange et aux ADPIC+. Nous demandons aux gouvernements de se baser sur l’accord de Doha pour fournir aux populations des médicaments génériques abordables. Nous nous opposons aux partenariats public-privé parce que le secteur privé n’a pas sa place dans la définition des politiques de santé publique. Le MPS continuera de surveiller et d’apporter ses suggestions à la Commission de l’OMC sur les déterminants sociaux de la santé afin de s’assurer que la commission s’attaque effectivement aux causes socio-économiques de la pauvreté, de la mauvaise situation sanitaire des populations et de l’inégalité face à la santé et pour qu’elle engage au plus vite un dialogue significatif avec la société civile. Le MPS travaillera en coopération avec des mouvements alliés pour coordonner des actions internationales contre la privatisation et les régimes commerciaux inéquitables.
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